mercredi 20 juin 2007
Humour
Hier, par exemple, en allant au boulot, le passager d'une voiture a fait le ménage dans sa voiture et vidé des papiers, boites de yaourt à boire vides et stylo usagés, je suppose, par la vitre.
Drôle, non?
En fait je n'arrive pas à ironiser; cependant, je sais que c'est le fruit d'une éducation, au niveau national. Nous l'avons eu en France; ici pas encore.
Mais bientôt : ils sont branché à fond sur l'environnement, en ce moment.
Intégrée?
Cette question est vraiment intéressante pour moi. Avant, quand j’étais plus jeune, je me sentais toujours en tiers et j’étais dominée par le mal-être que ce sentiment faisait naître en moi. Je me sentais toujours cruche, gourde, bécasse.
A chaque pays d’expatriation, ce sentiment a décru, et ici, ce sentiment a disparu. Plus jamais je ne me sens gourde ou cruche. Même quand je mange mes mots, quand je m’embrouille dans mes phrases, je suis à l’aise ; j’ai assumé ma maladresse, mes airs ahuris, et je m’en fous.
Ici, dans ce petit pays, dans cette petite ville, je suis une personne du microcosme ; encore ce soir, à une soirée officielle, j’ai rencontré des gens qui déplorent mon départ, alors que je les connais à peine ; c’est l’effet poster dans une petite pièce : je faisais partie du décor, on m’enlève, ça fait un trou. Il se comblera très bien, comme celui de mes prédécesseurs s’est comblé, mais cela crée un petit vide pour quelques mois.
Mais il s’agit un peu d’une place officielle, si je puis dire ; qu’en est-il en intime ? Ai-je des amis ? j’en ai – mais j’ai des problèmes avec mes amis, je n’aime pas les voir trop, ni qu’ils soient trop nombreux en même temps (dès qu’on est plus de trois, on est une bande de cons – c’est un sentiment constant en moi). Cependant, j’ai toujours été comme cela, y compris en France.
Est-ce que je connais beaucoup de locaux ? Pas beaucoup, mais suffisamment ; mon sentiment en voyageant n’a jamais été de m’intégrer, mais de me faire une vie agréable ; en effet, je suis toujours arrivé quelque part en sachant que j’allais repartir ; ma vie est comme une roulotte ; je regarde le monde extérieur avec curiosité, je sors, mais je rentre dans ma roulotte. Ce sentiment n’amène pas à connaître beaucoup de locaux. Mais il permet de mieux gérer les changements.
Pourtant, depuis sept ans, j’ai tout de même rencontré des gens, et des locaux. Maintenant, je les fuis, vu les situations dans lesquelles je me retrouve (obligée de renvoyer des ascenceurs).
Alors, intégrée ?
Ma réponse est : socialement, oui, mais mon cœur ne s’intègre pas.
Mais de tout cela il ressort quelque chose : la jeune fille angoissée, mal à l’aise, empotée, se tape des soirées où elle se sent parfaitement à l’aise ; c’est un sentiment très agréable. Il faut améliorer : les soirées officielles, ici, c’est du pipi de chat. C’est la soirée officielle de Trifouillis les Oies ; je dois améliorer. J’aurais dominé mes angoisses dans de vraies grandes soirées.
Ce soir, par exemple, j’ai serré la main d'un employé à niveau élevé du consulat; j'étais avec un prof de fac local pour lequel je fais des traductions, et lui, il était tout fier d'être aux côtés d'une prof française, parce que c'est bien, c'est chic, une prof française, il a dit au consul adjoint qui j'étais; mais le consul adjoint n'a pas le même point de vue que lui, il s'en fout, des profs françaises : je suis pour lui une fonctionnaire de niveau inférieur, avec un peu de chance je râle tout le temps, alors qu'un prof de fac local, ça c'est intéressant : voilà comment les gens sont l'un en face de l'autre avec des visions du monde totalement divergentes.
Autre chose : en Espagne, je n’étais pas intégrée ; avant mon passage à l’hôpital et mon frôlage de la mort, je ne parlais pas espagnol. Mais je me suis toujours senti bien en Espagne, dans ce mode de vie. Alors, dans quel cas est-on plus intégrée : dans un pays où l’on est isolée, et pauvre, mais où l’on se sent bien, ou dans un pays où l’on est entourée, riche et où l’on a un personnage social mais en divorce total avec soi-même ?
mardi 19 juin 2007
Eté
La mésaventure de ma collègue me prouve que mon attitude à l'écart de tous est la bonne et que ce pays est vraiment démoralisant.
Pourquoi?
dimanche 17 juin 2007
Eté
dimanche 3 juin 2007
Sourire encore
Cette semaine, un matin, j'écrivais à l'ordi, et l'Ours passe : il est sept heures trente.
L'Ours ne le sait pas mais il est un fan de la litote et je déteste. Quand il dit il est sept heures trente, cela veut dire : dépêche-toi.
Depuis quelque temps je positive tout, et c'est mieux, mais ce jour-là je me lève agacée en lui disant que je suis toujours à l'heure en ce moment et qu'on arrive au boulot vingt minutes avant l'heure ce qui suffit.
L'Ours muet s'habille et va se mettre devant la télé, au lieu de commencer à houspiller tout le monde, en mode : très bien puisque c'est comme ça je ne dirais plus rien.
C'est donc moi qui ai dit : on y va.
J'aurais pu râler et lui dire qu'il faisait la gueule pour rien parce que c'est vrai qu'il nous houspîlle tous les matins, en râlant, résultat je suis prête à sept heures et quart pour sept heures quarante, ce que voyant il y a des matins où il partirait presque à sept heures trente, alors on arriverait au boulot à sept heures cinquante.
Bref. Je n'ai rien dit, j'ai affiché un enjouement pas trop outrageux. Je suis descendue de la voiture quand il a fallu, j'ai dit au revoir bonne journée.
Le soir, il m'avait préparé un repas, et fait un autre truc gentil.
J'avais oublié le matin.
Je m'en suis rappelé parce qu'il a dit à ses fils (il dit des trucs aux garçons mais c'est à moi qu'il parle, c'est un autre truc qui m'agace) : vous savez, avec votre mère, faut faire gaffe, sinon on se fait engueuler.
J'ai dit à mes fils : Vous direz à votre père qu'il est pas obligé d'engueuler tout le monde le matin.
Mais il faut qu'on arrête de parler aux garçons.
lundi 28 mai 2007
Eddie 2
Après les premiers temps, où je me sentais chose, quelque chose était vraiment mort et je sentais encore le membre tombé; je me sens libérée. Je ne me sens plus coupable de sortir de chez moi en pensant qu'elle, qui disait avoir envie de sortir et de rencontrer des gens, restait toute seule; je ne me sens plus coupable de revenir de chez des copains de mes enfants et de penser aux siens qui ne vont jamais chez personne - après avoir essayé, les pauvres, d'aller chez les copains de mes enfants; je ne me sens plus coupable de manger des trucs qu'elle ne mange pas, ni de lui amener ce que j'ai en trop parce que je me sens coupable de manger du tartare ou du carpaccio ou du foie gras.
Je me demande pourquoi je me sentais coupable comme ça? En général, tous les gens que je connais sont contents ou amusés quand on leur parle d'un bon moment qu'on va passer. Seule Eddie avait cette façon inimitable de me souhaiter une bonne soirée en baissant des yeux pudiquement douloureux sur l'horreur de la sienne. Seule elle me disait :"Ah, tu vas au zoo avec les enfants?" en laissant résonner dans les silence des mots imprononcés "c'est pas grave, les miens resteront enfermés à la maison", auxquels je répondais "mais si tu veux je prends les tiens" - et voilà.
La force des faibles. Ces gens qui vous déposent en regardant ailleurs tout leur malheur dans les bras, et si vous grimacez ils disent : "Oui, je savais que ça te dérangerait..."
Et elle continue à créer son malheur. Elle s'est disputé avec sa nouvelle femme de ménage (nouvelle du déménagement) et n'a personne pour lui faire le ménage de son palais et garder ses enfants. Et son ex-mari depuis deux ans, dont elle ne cesse par ailleurs de déplorer le caractère, lui garde, comme toujours, ses enfants, alors qu'il travaille maintenant à 150 km... Mais je sais ce qu'il veut : la récupérer (il est amoureux d'elle). Il m'a dit il y a deux ans : elle ne peut pas se passer de moi. A l'époque, j'ai souri. Maintenant, je suis impressionnée : elle pourra toujours compter sur lui, alors qu'elle se dispute avec tout le monde. Il la récupérera peut-être, après tout...