jeudi 12 juillet 2007

Cartons, suite

Je n'ai plus de cartons à remplir.
Les déménageurs viennent demain, mais je ne suis pas sûre qu'on finisse demain. Chez un ami, le camion est venu avec un type, et le temps qu'il aille en chercher un autre et tout et tout, ils ont déménagé le lendemain.
Restons zen.
Mais curieusement je suis plus zen.
Les images cessent de se hacher dans mon cerveau, ma pensée flotte, je fais quelques projets avant mon départ.
J'ai réussi à me désynchroniser de l'Ours, qui ne donne aucune info, n'anticipe pas les problèmes, ou alors si mais sans me le dire, ce que je trouve pénible.
Il stresse d'une façon assez similaire à la mienne, mais il ne réfléchit pas sur lui, il est dans l'instant, il ne se demande pas comment dominer son stress.
C'est extrèmement pénible. Le seul moyen de ne pas me laisser happer par ses angoisses, souvent hermétiques à mes yeux, et de ne pas subir, ou de moins subir ses humeurs est de me rendre intérieurement indépendante, comme si j'étais célibataire, avec un colocataire. Inutile de lui demander ce qu'il fait : stressé, il ne me répondra, les dents serrées, en grognant, qu'il ne sait pas et que c'est la merde (alors que pas du tout, c'est juste qu'il a quatre choses à faire en trois heures et que l'une de ces choses implique un intervenant extérieur). Le soir, quand je lui demanderai "Alors, ça s'est arrangé?", il me regardera avec ahurissement : "Qu'est-ce qui s'est arrangé?" "Ben, ton problème de ce matin" "Quel problème?""tu as hurlé que c'était la m... dans la voiture" " Ah!!ça!! Mais non, rien, comme d'habitude".
Donc j'ai fait les cartons, réglé le problème de l'appart là-bas, acheté mon billet. Je dois, en fait, être maître de tout car quand il s'occupe d'autre chose que de son travail, il est très vite débordé et il hurle. Je lui en ai fait le reproche, et il a fait de gros efforts pour s'investir dans les choses de la maison. Efforts globalement réussis, mais ils ont un coût : une tension permanente, dont je me demande si elle n'est pas partiellement volontaire, genre : "Tu veux que je fasse tout, très bien, je le fais, mais après ne viens pas t'étonner".
Je ne veux pas qu'il fasse tout, mais je dois reconnaître qu'il en a fait beaucoup depuis deux ans. Ce sera différent là-bas. Acheter des ampoules électriques ici, par exemple, requiert de faire trois ou quatre quincailleries pour en trouver une qui a des ampoules, et les bonnes; il faut donc avoir une voiture. Avant, j'allais à la quincaillerie à pied et c'était tout.
Les hommes ne sont pas comme les femmes, on le sait. Ils ont dumal à gérer des trucs dans des domaines différents, en urgence : passer chez le médecin, puis au supermarché d'à côté pour acheter un truc dont on aura besoin dans trois jours, puis chez le pharmacien, puis déposer le grand chez un copain, ramener le petit à la maison. L'Ours peut le faire, mais quand ça va, pas dans la précipitation d'un jour de classe; quand ça fait trop il crie qu'il n'y comprend rien, et il évacue le problème.
Je dois reprendre le rôle, que je faisais avant, d'épouse bien. Dans les boîtes américaines, c'est une sorte de concept. Sauf que épouse bien, je vais reprendre le truc, mais à ma façon. Il y a épouse bien, tendance Desperate Housewife (je n'ai regardé que quelques épisodes), et épouse bien tendance moi. Une copine (catho, du reste) m'a donné le plan pour les maris débordés et carriéristes (mon mari est carriériste, enfin il veut l'être, mais il est trop respectueux de la hiérarchie).
Je fais tout? Eh bien je fais tout. (parce que moi, je peux, mais ça me fait ch...)
Je m'ennuie? Eh bien, je me désennuie, mais pas avec du macramé ou de la peinture sur soie (avec tout le respect que j'ai pour la soie, la peinture et les arts plastiques).
En fait, je veux être une femme nouille et empotée. Seulement, pour ça, il faut avoir un homme avec soi.

Aucun commentaire: